Le crédit : ne tombez pas dans le piège

Tout d’abord définissons ce qu’est le crédit. Pour cela je n’utiliserai pas une définition officielle, mais plutôt la mienne :

  • Un crédit est un prêt d’argent généralement consenti par une banque ou un organisme spécialisé. Il peut être accordé à un professionnel tout comme à un particulier. Il est assorti d’un taux d’intérêt variant selon le préteur, la situation de l’emprunteur et la destination (utilisation) des fonds. C’est un contrat liant les deux partie que sont le préteur et l’emprunteur. Ce dernier s’engage à rembourser le premier selon des modalités convenues au préalable.

En clair, et pour illustrer un peu la chose, prenant l’exemple de Monsieur et Madame MARTIN. Ils souhaitent acheter une toute nouvelle télé écran plat dernière génération coûtant le prix de deux SMIC. Le problème est que Monsieur et Madame MARTIN gagnent chacun le SMIC. Leur future télé coûte donc le montant de leurs revenus mensuels… Pas évident de résoudre l’équation. À moins d’avoir recours au crédit.

Cela tombe bien, le couple a vu hier soir, pendant la « coupure pub » de leur émission abrutissante divertissante le cousin de bibendum (vous savez, le truc tout moche et tout vert). Celui-ci leur a proposé de financer leur dépenses de consommation (leur télé donc) au taux promotionnel de 4,90% !

Ni une ni deux, en bons moutons consommateurs qu’ils sont, Monsieur et Madame MARTIN se sont ruéés dans le supermarché du coin quelques jours après avoir reçu et signé leur demande de crédit.

Ils ont donc décidé d’emprunter les 2390€ de leur dalle sur une durée de un an, au taux de 4,90%. Ils ont de la chance, car le taux pourrait être largement plus haut. Le couple va donc rembourser un montant de 204,49€ par mois pendant un an. Leur télé leur reviendra donc à 2454€.

C’est bien le crédit alors, non ?

Oui, mais à condition de pouvoir le rembourser sans problème, de ne pas vivre au dessus de ses moyen et surtout qu’il permette de faire grossir le patrimoine.

Dans le cas de Monsieur et Madame MARTIN, c’est un couple qui ne font que rarement des folies, qui maîtrise son budget et sait qu’il pourra faire ça à ses échéances sans difficulté. Dans ce cas là, bien que l’achat du téléviseur n’apporte rien au patrimoine du couple, il n’y a pas de danger à faire un crédit. Tout au plus cela réduira leur capacité d’investissement (à supposer qu’ils investissent) durant une année.

Le soucis c’est que lors de cet achat, Monsieur et Madame MARTIN ont croisé le jeune Jean-Kevin, qui n’est autre que le fils de leurs voisins. Celui-ci, à temps partiel dans l’usine du coin, désirait lui d’acheter le dernier PC de gaming à la mode. Outre le fait qu’il se soit rendu dans le supermarche pour trouver cet oiseau rare, le jeune homme envisage de dépenser 2000€ pour la bête. Le tout avec un crédit revolving au taux quasiment usurier quasiment de 18% sur deux ans. Il va donc rembourser 100€ par mois (j’ai arrondi), soit quasiment 2400€ au total sans les frais divers (assurance, dossier…).

Sachant qu’il gagne 900€ par mois, qu’il sort en boîte tous les week-end avec ses pôtes et que sa Polo 150 chevaux année 2005 lui coûte la peau fesse en assurance, essence et entretien… le pauvre n’est pas sorti de l’auberge.

Donc en fait, le crédit c’est le mal ?

Et bien pas forcément. Car en rentrant de leur sortie « shopping », les MARTIN ont croisé Madame DUFOUR. C’est leur ancienne voisine, avant que les parents du « petit » Jean-Kevin n’eménagent.

Madame DUFOUR est la propriétaire du logement occupé par les parents du jeune homme sus nommé. Elle vient elle aussi d’emprunter de l’argent afin d’acheter une petite maison de ville, dans un quartier qu’elle estime à fort potentiel.Elle

En a pour 100 000€ à l’achat, pour 40 000€ de travaux et pour 14 000€ de frais de notaire et de banque. Elle emprunte la totalité de la somme sur 20 ans à un taux d’intérêt fixe de 2% (TAEG). Madame DUFOUR et son mari sont tout deux enseignants dans l’école du quartier. Ils gagnent à eux deux 3600€ par mois. Ils vont ainsi rembourser 780€ par mois, soit un total de 187 000€.

Petit problème mathématique

Ayant connaissance de toutes ces données (pourtant incomplètes), qui, selon vous, à utilisé le crédit de la meilleure des façons ?

  • A. Monsieur et Madame MARTIN et leur télé neuve à scotcher une mouche au plafond ?
  • B. Jean-Kevin et sur super ordinateur de gamer acheté au supermarché ?
  • C. Madame DUFOUR et son mari qui font grossir leur patrimoine ?

D’un point de vue patrimonial, la bonne réponse est clairement « C. Madame DUFOUR et son mari« . En supposant bien sûr que leur achat ai été réfléchi, calculé  et estimé correctement. C’est une évidence.

Mais encore…

Maintenant, supposons que les MARTIN ont rencontré (quelle vie sociale ils ont !) Romain en arrivant au bas de chez eux. C’est une de leur connaissance. Jeune homme discret, la trentaine, qui travaille pour à peine plus que le SMIC, père de famille.

Après avoir écouté le couple se vanter évoquer leur nouvelle acquisition, leur interlocuteur leur fait une confidence. Il vient d’emprunter 10 000€ à un taux promotionnel 2,9%… pour investir en bourse.

Sous le choc, les deux « quadra », passés proches de l’infarctus à cette annonce, tentent de le raisonner. Bien sûr, leurs arguments sont complètement idiots imparables : « Tu es fou« , « tu vas tout perdre« , « la bourse c’est le casino« , « notre cousin s’est ruiné sur le Faux-rex Forex« , etc…

Sachant que Romain est conscient des risques qu’il prends. Qu’il envisage, de part son expérience, un rendement annuel  de 5 à 6%. Qu’il pratique les marchés boursiers depuis quelques années déjà. Et qu’en plus, il est en mesure, en cas de « drame boursier », de rembourser l’intégralité de son prêt grâce à son épargne…

… Est-il fou ou tout simplement en train de faire grossir son patrimoine ?

Et bien Romain utilisé le levier du crédit pour faire croître son patrimoine, tout en prenant quelques risques. Mais ces risques sont maitrisés, et ce pour plusieurs raisons :

  1. Il possède quelques années d’expérience dans ce domaine.
  2. Il est conscient des risques et difficultés qu’il peut rencontrer.
  3. Son épargne lui permet de faire face à ses remboursements en cas de « catastrophe boursière ».
  4. Il est encore jeune, et ce n’est pas arrivé à la retraite qu’il faut prendre des risques pour faire grossir son patrimoine.

Romain ne peut donc pas être certain que son audace paiera. Mais au moins il est certain d’une chose… Il a plus de chances de « réussir » (comprendre rentabiliser son crédit) que Jean-Kevin.

Alors le crédit : bien ou mal ?

En lui-même le crédit est un formidable instrument permettant de se créer du patrimoine en utilisant l’argent d’autrui pour son propre compte.

Le problème n’est donc pas le crédit en lui-même mais plutôt l’utilisation qui en est faite. La famille DUFOUR et Romain ont une utilisation de celui-ci qui a pour objectif de faire croître leur patrimoine, de façon raisonnée et calculée. Leurs projets étant réfléchis et ficellés, ils mettent le maximum de chances de leur côté.

Les MARTIN, eux, ne prennent pas trop de risques puisque leur gestion budgétaire leur permet de faire face, à priori, à leurs échéances. Par contre, leur achat à crédit ne leur apportera rien d’autre qu’un peu de plaisir.

Jean-Kevin, lui, risque de gros ennuis financiers dès lors qu’il ne parviendra plus à faire face à ses remboursements. Son ordinateur ne lui aura rien rapporté (financièrement) et aura été pour lui un gouffre financier.

Bien sûr, mes exemples sont volontairement exagérés et assumées. C’est pour marquer la différences entre chaque type de situation.

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