Les dividendes : le nerf de la guerre

Les dividendes sont, selon moi, le meilleur moyen de se constituer une rente. En effet, j’estime que ce sont eux qui offrent la plus grande visibilité quant au niveau de revenu qu’ils permettent. Bien sûr, un dividende évolue dans le temps. Il peut monter, être stable, voir même baisser. C’est une donnée qu’il faut évidement prendre en compte.

Qu’est-ce qu’un dividende ?

Les dividendes sont une « rémunération » versée par une société à ses actionnaires. Cette rémunération est votée en Assemblée Générale (AG) par lesdits actionnaires. C’est l’un (il en existe donc plusieurs) des moyen de fidéliser les actionnaires, en leur retournant une partie de la valeur de l’entreprise.

Notons bien, malgré une croyance populaire bien ancrée, que lorsqu’une entreprise vers des dividendes à ses actionnaires, ces derniers ne s’enrichisssent pas. En effet, le montant des dividendes versés se soustrait de fait à la valeur de l’entreprise. Il s’agit alors (hors fiscalité), d’un « échange » à somme nulle. Être un petit actionnaire n’est de tout repos ni dénué de risques.

exemple :
  • Je suis actionnaire de la société Z. Une seule de ses actions vaut, avant versement du dividende, 100. La société verse 5 de dividende.
  • Le jour du détachement du dividende, le cours de l’entreprise va automatiquement être ajusté à la baisse du montant du dividende. Il va alors passé à 95.
  • Quelques jours plus tard, lors du versement du dividende, je recevrait mes 5. A moi ensuite d’en faire ce que je souhaite.
  • Si l’entreprise est pérenne et qu’elle crée sans cesse de la valeur, son cours finira par revenir à son niveau (voir même plus haut) d’avant dividende. Par contre, si c’est une entreprise qui est en difficultés, son cours ne reviendra jamais à son niveau d’avant dividende.

Le dividende n’est donc qu’un simple moyen de transfert de la valeur d’une société. Ce qui est « gagné »en cash, est perdu au niveau du cours de l’action.

Choisir la bonne société ?

Il ne faut pas acheter une action uniquement en regardant le niveau du dividende versé. D’une part parce que ce niveau peut évoluer d’une année sur l’autre, mais aussi parce qu’un fort dividende est très souvent synonyme d’entreprise en difficultés.

Il est tout à fait possible de trouver des sociétés versant des dividendes de 8 à 10%. Voir plus. Ce chiffre apparaît comme étant très élevé. C’est généralement le signe d’une société qui cherche par tous les moyens à conserver / attirer ses actionnaires. Cela ne signifie absolument pas que l’investissement sera mauvais. Tout simplement que le risque lié à cette entreprise sera important.

exemple – CASINO GUICHARD
  • L’un des principaux distributeurs français (enseignes Casino, Géant, Monoprix, …) et implanté à l’international (Amérique du Sud). Le montant du dividende annuel est stable depuis 2013 à 3,12€ par action.
    En 2014, le cours de l’action était d’environ 97€. Cela représentait donc un dividende légèrement supérieur à 3%. Aujourd’hui, en septembre 2018, le cours a baissé de plus de 66% et se situe à environ 32€. La société et l’actionnaire ont donc largement perdu.
    Le niveau de dividende est désormais de près de 10%. Est-ce une bonne affaire ? Je n’en ai aucune idée. Le secteur de la grande distribution connaît actuellement de grandes difficultés / bouleversements. La structure en holdings du groupe Casino entraîne une certaine opacité, et les fonds « vautours » (spéculateurs) sont clairement à l’affût sur le distributeur. Peut-être est-ce une excellente affaire que de devenir actionnaire aujourd’hui de cette société… mais peut-être est-ce aussi une erreur monumentale. Seul l’avenir le dira.
exemple – SOCIETE MARSEILLAISE DU TUNNEL PRADO-CARENAGE
  • La SMTPC est une filiale des société VINCI et EIFFAGE. Elle exploite le tunnel du Prado-Carénage à Marseille. Son dividende est constant depuis 2013 à 1,90€ par an et par action.
    En 2015 son cours est monté jusqu’à 35€. Son rendement était alors de 5,42%. Ce qui est, disons-le, déjà très bien. En septembre 2018 elle est à 20€ (-43%). Son rendement sur dividende affiche un énorme 9,5%. Tout comme pour l’exemple précédent, impossible pour moi de dire si il s’agit d’une occasion en or de se positionner où si c’est le début de la fin.
    Car la SMTPC connaît quelques incertitudes sur son avenir. Il s’agit d’un tunnel payant lequel est désormais concurrencer par une rocade gratuite. Le trafic de véhicules sur la concession est donc amoindri. Le risque est une baisse de la rentabilité. De plus, la concession initiale devait prendre fin en 2025. Elle a été rallongée de 7 ans et 11 mois suite à un nouveau projet d’infrastructure. Soit jusqu’en 23032 / 2033. C’est appréciable pour les actionnaires. Sauf que ce « nouveau projet », financé à 100% par la SMTPC a un coût de près de 100 millions d’euros. La société est largement bénéficiaire et possède une trésorerie abondante. Mais toute la question pour les actionnaires est de savoir si cet investissement de 100 millions d’euros sera bien compensé du point de vue des flux financiers, par le rallongement de la concession. Là encore, impossible de répondre à cette question.
Prendre en compte divers critères

Il est donc évident qu’il ne faut pas choisir une société uniquement parce qu’elle offre un haut rendement. Notez cependant que l’inverse est également vrai. Ce n’est pas parce qu’une entreprise ne verse pas pas (ou très peu) de dividende qu’elle nécessairement en grande forme. Il faut regarder différents points, lesquels permettront de se faire une idée sur la pérennité du dividende :

  • l’historique de versement – Une société versant un dividende croissant (ou à minimum stable) depuis de nombreuses années sera -à priori- plus indiquée pour quiconque cherchera à en tirer une rente régulière.
  • la capacité bénéficiaire – Certaines entreprises s’endettent pour financer leur dividende. Ce n’est pas l’idéal pour voir sereinement l’avenir.
  • le secteur d’activité – Investir dans un secteur porteur ou dans un autre « en crise » n’aura pas le même impact sur le risque lié au dividende.
  • les anticipations sur l’avenir – Nombreux sont ceux qui ont essayé de prédire l’avenir. Peu sont ceux qui y sont parvenus. Cela ne doit pas pour autant empêcher de regarder ce que les différents analystes pensent d’une société ou d’un secteur d’activité. Ce peut être un bon indicateur.

Tout ceci permettra donc de faire des choix. Ils devront permettre de réduire le risque de voir un dividende coupé (réduit partiellement ou en totalité). Pour autant, cela reste de l’investissement boursier. Rien n’est garanti. Ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain.

J’estime que chercher à obtenir un rendement jusqu’à 5% brut est quelque chose de réalisable sans que la prise de risque ne soit inconsidérée. Personnellement ce 5% brut est mon objectif.

Est-il vraiment possible de devenir rentier avec des dividendes ?

Bien sûr. Il suffit pour cela d’avoir un capital d’autant plus élevé que l’objectif de rente est important. Si on considère un souhait de toucher une rente équivalente à un SMIC brut (1,5k€) cela nécessite un capital de :

  • 600k€ à 3% de rendement
  • 450k€ à 4% de rendement
  • 360k€ à 5% de rendement

Ce n’est pas à la portée de tous les investisseurs. Loin de là. Au moment où j’écris ces lignes, mon capital boursier de 14k€ ne me permets absolument pas d’envisager une telle rente. Par contre, pour les plus petites bourses, devenir « semi-rentier » n’est pas une ineptie. C’est même une possibilité à ne pas exclure pour ceux qui souhaitent ne pas se tuer au travail.

Semi-rentier, qu’est-ce que c’est ?

Le rentier est celui qui peut se permettre de ne plus travailler car disposant de revenus annexes lui permettant de vivre sans toucher de revenus professionnels. Par conséquent, le semi-rentier est celui qui peut se permettre de travailler moins, sa perte de revenus professionnels étant compensée par une rente plus où moins importante.

Un capital de 50k€ offrant un rendement annuel de 5% brut permettra de sortir une rente mensuelle (brute) de 210€. Soit une réduction possible du temps de travail d’une bonne vingtaine d’heures par mois si l’on considère un salaire horaire au SMIC. Un capital de 50k€ peut donc de façon théorique, permettre de passer à temps partiel. Dans ce cas, il s’agit d’un gain de 252 heures travaillées par an. Sans être exceptionnel, ce n’est pas non plus ridicule.

Ne pas se lancer la fleur au fusil

Avant de franchir le pas, qu’il s’agisse de devenir rentier ou semi-rentier, il est primordial de bien préparer la transition.

Financièrement

Réduire son temps de travail ou arrêté de travailler n’est pas quelque chose d’évident. Il faut toujours garder en tête que la rente n’est en aucun cas garantie. SI des moyens permettent de s’assurer un maximum de régularité et de pérennité, il n’y a pas de 100%.

Il convient donc, avant de franchir le pas, de mettre en place une épargne « tampon » qui permettra de voir venir en cas de baisse de la rente. Ainsi, lorsque votre objectif financier est atteint, ne passez pas rentier / semi-rentier immédiatement. Conservez votre activité professionnelle encore au moins une année. Au cours de cette année, vous retirez votre rente de la même façon que si vous aviez déjà arrêté de travaillé. Mais au lieu de la dépenser pour vivre, placez-là sur compte / livret dédié.

Ainsi, à partir du moment ou vous réduirez / stopperez votre activité professionnelle, vous vivrez uniquement grâce à ce livret. Les dividendes perçus tout au long de l’année viendront alors compenser vos prélèvements sur ce livret. En cas d’énorme coup dur ou de coupure des dividendes, cela vous permettra de vivre une année afin d’avoir le temps de vous retourner.

Vie personnelle / de famille

La vie peut se trouver chamboulée par une telle décision. D’un point de vue purement personnel (individuel), avoir du jour au lendemain beaucoup de temps libre supplémentaire peut s’avérer déroutant. Il convient donc de prévoir des activités diverses et variées permettant d’occuper ce temps libre.

Du point de vue familial (et même de l’entourage proche), il est nécessaire d’avoir bien préparé le terrain. En France, il n’est pas toujours facile d’afficher sa réussite. Qui plus est lorsqu’elle est financière. La jalousie de la part de certaines personnes (plus ou moins proches) n’est pas à exclure.
Même sans parler de jalousie, il n’est pas toujours bien vu de ne pas travailler. Pour certaines personnes, pouvoir ne pas travailler est synonyme de ne pas vouloir travailler (dans le sens de « vivre aux crochets de la société). Dans tous les cas, une bonne dose de pédagogie sera nécessaire avant de passer à l’acte.

Conclusion

Utilisés avec une certaine méthode et tout en gardant en tête que rien n’est jamais acquis, les dividendes sont une méthode intéressante pour se constituer une rente. Elle n’est pas dénuée de risques, mais il s’agit là du propre de tout investissement boursier.