le Petit Actionnaire
15 décembre 2018 Référendum d’Initiative Citoyenne : la fausse bonne idée ?

Référendum d’Initiative Citoyenne : la fausse bonne idée ?

Le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) est l’une des revendications formulées par de nombreux participants aux mouvement des “Gilets Jaunes“. Si j’ai déjà évoqué ma vision des choses quant à cette mobilisation, il sera ici question de cette demande qu’est l’instauration du RIC.

À quoi servirait-il ?

Les tenants du Référendum d’Initiative Citoyenne souhaitent (re)donner au peuple le pouvoir de prendre des décisions importantes quant à l’avenir de la Nation. Cela se ferait donc par l’organisation de référendums organisés à l’initiative des citoyens eux-mêmes.

Qu’il s’agisse d’abroger des lois, de destituer le Président de la République ou ses Ministres, l’idée est de permettre aux citoyens de s’exprimer directement, de décider par eux-mêmes et non plus par leurs “délégués” que sont les Députés.

Sur le fond

Sur le fond, je pense que la mise en place du Référendum d’Initiative Citoyenne serait une grande avancée pour la démocratie française. Ce serait alors au peuple de prendre des décisions l’impactant directement.

La fausse bonne idée ?

Malheureusement, sous couvert de cette “nouvelle démocratie”, d’importantes conséquences négatives pourraient faire leur apparition. En effet, donner de trop grands pouvoir au peuple ne peut pas se faire sans mettre en place un certain nombre de gardes-fous.

Un État nageant dans le populisme

Donner au peuple la possibilité de destituer directement le Président / Gouvernement serait la porte ouverte au plus grand bazar.

En effet, le peuple aurait un tel pouvoir que seules deux choses pourraient se passer :

  • Soit le Président / Gouvernement fait sa vie, agit sans forcément écouter le peuple, avant de se faire destituer dès lors que les citoyens se sentent floués. Dans ce cas le pays est bloqué car tout ce qui va à l’encontre de la majorité des citoyens sera rejeté.
  • Soit le Président / Gouvernement ne fait qu’écouter le peuple sans oser le contredire, et ce afin de rester en place le plus longtemps possible. Dans ce cas là il s’enferme dans le populisme le plus total et en oublie complètement l’intérêt supérieur de la Nation française.

J’admets que de très nombreux reproches puissent être fait à l’encontre de la classe politique en place depuis plusieurs décennies en France. Il ne faut pas se leurrer pour autant. Les citoyens français n’en sont pas capables non plus. Ce n’est pas leur faire outrage (aux citoyens) que de le reconnaître. Quelqu’un ayant arrêté ses études à 16 ans pour entrer dans le monde du travail n’a probablement pas les capacités adéquates pour prendre des décisions impactant le pays dans son ensemble. De même, un “simple” bachelier ne sera sûrement pas à même de juger de la pertinence globale de telle ou telle décision politique.

Chacun aura bien sûr son propre avis ainsi que sa propre vision des choses. Seulement, il est nécessaire d’avoir une vision globale de la Nation et non pas uniquement de sa propre situation.

Par exemple

Dans le cas d’un Référendum d’Initiative Citoyenne sur les retraites, il n’est pas impensable que les citoyens français “décident” d’une augmentation des retraites à 1200€ minimum ainsi que d’un âge de départ fixé à 58 ans pour tous.

Ce serait une véritable révolution démocratique, c’est évident. Pourtant, il ne fait aucun doute que de telles décisions populaires seraient de très graves erreurs pour la France. Le système de retraites n’y survivrait pas et les finances publiques non plus. Bien sûr, au final, ce sont les citoyens qui partiraient directement de leur propre décision.

Aussi, comme le dit parfaitement l’adage : le mieux est l’ennemi du bien.

Une anarchie légale

Un autre danger du Référendum d’Initiative Citoyenne serait de donner au peuple le pouvoir législatif. Certes, ce serait, là encore, une avancée démocratique indéniable. Cependant, le citoyen c’était une nouvelle fois son propre intérêt avant celui de la Nation.

Le danger serait alors d’abroger des lois pourtant utiles bien que possiblement impopulaires. Une nouvelle fois, le mieux et l’ennemi du bien.

Les Hommes politiques

J’évoquais ci-dessus le fait que le citoyen lambda n’ai pas les capacités nécessaires pour diriger un pays. Capacités que, j’estime, possèdent les Hommes politiques.

Malheureusement, avoir les capacités nécessaires ne fait pas tout. Car je considère également que les politiques n’ont pas la connaissance du peuple, de la vie de tous les jours de leurs électeurs. Partant de là, ils gouvernent sans vraiment prendre en considération ses véritables attentes.

Le sentiment que les politiques se donnent le droit de ne pas respecter les mêmes règles que celles imposées aux citoyens est un autre élément qui participe à la défiance dont ils sont (légitimement) victimes.

La nature humaine

La nature humaine est telle que quelle que soit la forme de gouvernement mise en place, elle ne pourra jamais être parfaite.

Les considérations personnelles et l’envie irrépressible de profiter de son “pouvoir” font partie depuis toujours de l’histoire de l’Homme et ne vont pas s’évaporer d’un coup de baguette magique.

Quelques axes d’évolution

Le Référendum d’Initiative Citoyenne serait une avancée notoire, mais il serait également vecteur de graves dangers pour la Nation. Néanmoins, d’autres solutions pourraient permettre de renforcer la démocratie en redonnant du pouvoir au peuple.

La reconnaissance du vote blanc

Je pense qu’il est nécessaire que le peuple élise ses représentants. Diriger à 65 millions de personnes n’est selon moi pas possible. Pourtant, la reconnaissance du vote blanc serait quelque chose de très positif.

Il deviendrait possible au peuple de faire savoir à ses élus qu’il ne cautionne pas ses choix et décisions. La mise en place d’une telle reconnaissance électorale demanderait évidement des aménagement spéciaux (quid le jour où le vote blanc “remportera” une élection ?). Il n’en reste pas moins que ce serait alors une forme de contestation supplémentaire offerte au peuple.

L’instauration de règles très strictes pour les élus

Un élu, quel que soit son “échelon” (local, départemental, régional, national) reste évidemment soumis aux mêmes lois que ses administrés.

Pourtant, il ne serait pas scandaleux de leur imposer des règles et des devoirs encore plus strictes dans l’exercice de leurs fonctions. Représentant le peuple, ils se doivent d’être exemplaires en tous points. De même, les sanctions en cas de non respect des règles doivent être accrues.

Ce n’est qu’à partir de là que les citoyens français pourront commencer à retrouver de la confiance envers leurs élus et leurs institutions.

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