le Petit Actionnaire
27 octobre 2019 Vinci et la privatisation d'ADP

Vinci et la privatisation d’ADP par l’État

Le groupe Vinci, de par sa filiale Vinci Airports, est un acteur mondial des concessions aéroportuaires. Il revient, ces derniers temps, à la une de l’actualité pour diverses raisons. À commencer par la privatisation du groupe ADP (ex Aéroports de Paris), lequel gère notemment les plates-formes Roissy-Charles de Gaulle, Orly et du Bourget.

– Par transparence, je précise être actionnaire du groupe Vinci. Mon capital investi, au moment de la rédaction de cet article, est de l’ordre de 1,1k€. Je n’ai aucunement l’intention de céder mes actions dans un avenir proche. Je n’exclue pas de renforcer ma position. –

La privatisation d’ADP

Avant toutes choses, il convient de préciser que le groupe Vinci est dors et déjà un actionnaire important d’ADP. En effet, le géant du BTP et des concessions en détient actuellement pas moins de 8%.

En outre, la société a fait part à plusieurs reprises, notemment par la voix de son PDG Xavier HUILLARD, qu’il serait incompréhensible que #Vinci ne soit pas intéressé par le fait de devenir concessionnaire d’ADP.

Les craintes autour de la privatisation d’ADP

Comme toute privatisation qui se respecte, des voix, issues principalement de la gauche de l’échiquier politique français, se sont élevées pour dénoncer cette opération financière. Les principales critiques contre cette cession de concession touchent à l’importance stratégique des aéroports pour la souveraineté de l’État.

L’autre grande crainte est que cette “vente” des aéroports parisiens se traduise par un manque à gagner pour l’État, tout en favorisant les actionnaires de la future société concessionnaire. Si #Vinci fait partie des prétendants, elle n’est pas la seule à souhaiter acquérir cette concession.

C’est ainsi qu’un Réferendum d’Initiave Partagée a été initié (pour la première fois) sur ce dossier ADP… avec, jusqu’à présent, un succès très relatif.

Ces craintes sont-elles fondées ?

Si il est légitime que les craintes ci-dessus soient évoquées et que des réponses à celles-ci soient clairement apportées par les pouvoirs publics, il convient néanmoins de ne pas noircir le tableau à outrance.

La privatisation d’ADP et la souveraineté francaise

Les opposants à la privatisation d’ADP avancent qu’il serait dangereux, souverainement parlant, de céder la gestion de ces aéroports à une société privée plutôt que publique. Pourtant, certains éléments doivent être pris en compte afin de se faire une véritable idée de la situation.

  • Tout ce qui touche aux douanes, à la police aux frontières ou encore à la sécurité aérienne restera du ressort de l’État !
  • La régulation du traffic aérien (contrôleurs aériens, …) n’est pas non plus concernée par la privatisation.
  • L’État continuera de percevoir l’ensemble des taxes qu’il touche déjà.

L’État conservera donc l’entièreté de ses prérogatives actuelles sur les domaines “sensibles” des aéroports parisiens. En outre, d’autres éléments sont également à connaître.

  • La gestion des bagages est dors et déjà déléguée à des prestataires extérieurs… à des sociétés privées donc.
  • La sécurité de l’aéroport en lui-même (hors “missions sentinelles”) est elle aussi déléguée à des prestataires.

Ce qu’il faut noter, et qui démontre une certaine mauvaise foie dans cet “argument” de la souveraineté, est que plusieurs aéroports français ont été privatisés ces dernières années. Il est donc de notoriété publique qu’il n’y a aucun soucis de “perte de la souveraineté”.

La privatisation d’ADP, les actionnaires privés et le manque à gagner pour l’État

Cette crainte est notemment exacerbée par la privatisation des autoroutes il y dix à quinze ans. L’État est considéré avoir bradé ces infrastructures routières, au seul bénéfice des actionnaires des sociétés concessionnaires (dont fait partie #Vinci).

Ce risque est-il réel ? Disons qu’il n’est pas à exclure. Tout dépendra du cours auquel l’État cèdera la concession d’ADP. Pour le moment il est donc impossible de répondre, de façon factuelle, à cette crainte. Seul l’avenir nous le dira…

Pour ce qui est du manque à gagner de l’État, deux choses sont à prendre en considérations. Tout d’abord, les taxes. Celles-ci continueront, quoi qu’il arrive, à alimenter le budget national. Elles ne dépendent en aucun cas de l’actionnariat d’ADP. Concernant les dividendes jusque là perçus, en effet, l’État ne les touchera plus. Néanmoins, il percevra plusieurs milliards d’euros de la cession de sa participation (actuellement évaluée à environ8 milliards d’euros).

À supposer que ces fonds soient correctement utilisés (le passif de l’État en matière de gestion peut être vecteur de quelques craintes), l’État peut tout à fait retomber sur deux pieds à l’issue de cette transaction.

La privatisation d’ADP est-elle compréhensible ?

Quelques éléments appuient grandement en faveur de cette privatisation. À commencer par le classement déplorables de Roissy et d’Orly dans le classement des meilleurs aéroports mondiaux. Les deux plates-formes parisiennes se classant bien loin des meilleurs élèves. Cela dénote d’un important besoin d’investissements . D’autant plus que ces aéroports sont les premiers lieux français que découvrent, chaque année, des millions de passagers en provenance de l’étranger. Il est donc nécessaire de redorer le blason de ces deux structures.

À noter par exemple que depuis que le groupe Vinci a obtenu la concession de l’aéroport de Lyon Saint-Exupery, celui-ci est devenu le meilleur d’Europe dans sa catégorie de taille (10 à 25 millions de passagers). Bien sûr, cela ne présage en rien du fait que Vinci serait désigné concessionnaire des aéroports de Paris, et encore moins d’un futur classement ceux-ci. Néanmoins, cela laisse à penser quede gros progrés sont envisageables.

Un cours de bourse proche de ses plus hauts

L’action ADP cote aujourd’hui à 168€. Son plus haut, qui date de juillet 2018 la situait à environ 200€. Il est donc à un peu près 15% de ses sommets. C’est moment intéressant (pour l’État) afin de vendre ses positions. Tout simplement parce que la valorisation actuelle de la société est élevée (plus de 16 milliards d’euros). Aussi, les 50% du capital détenus par l’État valent donc 8 milliards d’euros au cours actuel. C’est loin d’être négligeable !

Comme tout bon entrepreneur / gestionnaire le sait bien, le moment idéal pour céder son affaire est lorsque celle-ci vaut le plus cher possible. Si ce n’est plus tout à fait le cas d’ADP, sa valorisation reste tout de même importante.

L’État ne vend pas… il cède une concession

Moi-même j’ai utilisé a de nombreuses reprises dans cet article, le terme “privatisation”. Pourtant, il est absolument nécessaire de comprendre ce qui se joue autour d’ADP ! Il n’a jamais été prévu que l’État VENDE le groupe ADP. Il va uniquement en CONCÉDER la gestion et le développement.

La nuance est extrêmement importante. Car cela signifie que l’État reste le seul et unique propriétaire de ces infrastructures aéroportuaires. Si, pendant quelques décennies, il va en déléguer la gestion et le développement, il est assuré d’en récupérer la gestion totale (y compris celle des investissements qui auront été réalisés par le concessionnaire privé) à une date donnée et prévue au contrat de concession.

Pour résumer la situation

  • Vinci est l’un des “favoris” a la prise de contrôle d’ADP.
  • Les opposants à la “privatisation” d’ADP ont initié un Référendum d’Initiative Partagée.
    • Bien que cela ne reflète aucunement mes convictions sur ce dossier, il me semble important (part soucis d’honnêteté) d’en préciser l’existence ainsi que le lien, pour tous ceux qui souhaiteraient s’opposer à cette privatisation.
  • L’État reste seul et unique propriétaire des infrastructures. Il ne fait qu’en céder la gestion et le developpementjsqu’à en récupérer la gestion totale à une date prévue.
  • ADP nécessite d’importants investissements que l’État aurait du mal à financer sur ses propres fonds.
  • L’État reste le seul et unique responsable des douanes, de la police aux frontières, de la sécurité aérienne et de la régulation aérienne.
  • Il est beaucoup trop tôt pour faire une comparaison valable entre la concession des autoroutes il y a 10 / 15 ans et ce que serait celle d’ADP.
  • Le cours actuel d’ADP est plutôt élevé. La concession des infrastructures raporterait donc beaucoup à l’État.

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