Les actionnaires se gavent-ils ?

Les actionnaires se gavent-ils ?

Actif sur le réseau social Twitter via le compte @LP_Actionnaire, je constate très régulièrement un manque d’Éducation financière de nombreux membres de la plate-forme. Est-ce par idéologie ou par naïveté ? Je ne sais pas. Néanmoins, le fait est que ceux-ci sont souvent prompt à porter des accusations au sujet des actionnaires :

Les actionnaires se gavent de dividendes

Ceci, bien sûr, sans même savoir ce qu’est un dividende, lequel n’est aucunement une source d’enrichissement pour l’actionnaire. C’est, de plus, faire fi du fait que les dividendes sont réduits de façon drastique lorsque surviennent des crises économiques…

Les actionnaires volent le travail des salariés

Il va pourtant de soi que lorsqu’une entreprise embauche un salarié, elle dans le but que celui-ci lui fasse gagner de l’argent. D’ailleurs, le salarié reçoit, pour cela, une contre-partie dénommée le salaire. Cette réflexion oublie aussi une donnée importante. À savoir que dans les grands groupes côtés, les salariés participent (avec parfois de gros avantages) à l’actionnariat de l’entreprise !

Une autre attaque qui ressort régulièrement à l’encontre des actionnaires est qu’ils n’auraient qu’un seul but : Tirer un maximum de bénéfices des entreprises, au détriment de l’emploi ou de toute autre considération possible. Et c’est justement sur ce point que je vais m’attarder.

Les entreprises, des machines à bénéfices ?

Tout d’abord, il faut bien comprendre que le propre d’une entreprise est de réaliser, année après année, des bénéfices. Sans quoi on ne parlerait pas “d’entreprise” mais “d’association”. Chose que beaucoup semblent oublier… Il est donc tout à fait sains qu’une entreprise réalisé des bénéfices.

Le soucis est que certaines personnes ne jurent que par le montant des benefices en question.

La grande distribution a profité de la crise de la Covid-19 pour gagner des milliards d’euros en plus… les salauds !

Nous en revenons donc là au fait que les entreprises sont là pour faire de l’argent. Il n’est donc pas illogique que si une entreprise vend plus de biens / services au cours d’un exercice comptable, elle gagne “plus” d’argent. Mais… il y a un “mais”, lequel est trop souvent oublié.

En effet, regarder uniquement le montant des bénéfices réalisés est forcément trompeur. Bien sûr que lorsque les consommateurs se ruent dans les grandes surfaces, ces dernières vont voir leurs résultats augmenter. Pour se faire une véritable idée de la situation réelle il convient donc calculer un simple indicateur : le taux de marge bénéficiaire.

Celui-ci permet d’évaluer la quantité de bénéfice par rapport au chiffre d’affaires réalisé. Ainsi, si le bénéfice augmenté moins vite que le chiffre d’affaires, cela signifie que l’entreprise gagne moins d’argent par bien / produit vendu.

Le cas des grands distributeurs

Deux des principales enseignes de distribution françaises sont côtées en bourse. Il s’agit de Carrefour et de Casino Guichard. Nous allons donc voir le taux de marge bénéficiaire de chacune d’elle au cours des années passées.

Carrefour

2017201820192020
-0,67%-0,73%+1,39%+0,90%

Casino Guichard

2017201820192020
+0,33%-0,14%-4,13%-2,77%

Il ressort clairement de ces chiffres (calculés à partir des données de ZoneBourse.com), tant pour Carrefour que pour Casino Guichard, que les marges réalisées sont extrement faibles, quand elles ne sont pas tout bonnement négatives (exercices déficitaires). Avancer que ces entreprises se seraient “gravées” sur le dos du consommateur et des salariés seul au profit de leurs actionnaires est donc totalement infondé et mensonger !

Qu’en est-il d’autres entreprises ?

Comme nous venons de le voir, les marges des sociétés de grande distribution sont très faibles. Bien sûr, d’autres secteurs affichent des résultats bien plus élevés. À commencer par le secteur du luxe, véritable moteur de la place parisienne. Ainsi, en 2019, LVMH (le leader mondial) affichait une marge bénéficiaire de l’ordre de 13%. Danone, le géant agro-alimentaire français était plutôt vers les 2%.

Les groupes du secteur de la dépendance (Korian, Orpéa et LNA Santé), souvent décrié comme faisant des bénéfices monstres sur le dos de leurs résidents tournaient, toujours en 2019, entre 3 et 6% de marge bénéficiaire. Très loin donc de ce que la croyance populaire cherche à les affubler.

J’ai réalisé les calculs (de façon non exhaustive) sur l’exercice 2019 pour diverses entreprises françaises de tailles et de secteurs différents, et mis à part le secteur du luxe, aucune ne réalisait de marge supérieure à 10%. La plupart se situait d’ailleurs entre 6 et 8%.

Bénéfice ne vaut pas dividende

Il est important de bien comprendre que que la ratio calculé précédemment ne permet de se rendre compte que du niveau de bénéfice (ou de déficit) d’une entreprise. Ce bénéfice n’est pas retourné tel quel aux actionnaires ! Seule une partie (plus ou moins grande selon chaque entreprise) deviendra un dividende. Le reste sera utilisé pour investir, conservé en trésorerie ou versé aux salariés sous forme de prime.

Le repas de famille

Vous voici désormais armé afin de faire face au gendre (également valable pour l’oncle ou le beau-père ainsi que leurs homologues féminines) qui, à l’occasion du prochain repas de famille, chercherait à imposer un peu trop lourdement son pointde vue au sujet des actionnaires.

Vous pourrez donc affirmer haut et fort que NON, LES ACTIONNAIRES NE SE GAVENT PAS ! Mais sachez rester maître de vous-même et soyez capables d’apaiser la situation en cas de nécessité 😉

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