la dépendance, un nouvel El Dorado ?

La dépendance : le nouvel El Dorado ?

Ce n’est une nouveauté pour personne, la population occidentale vieillie inexorablement. Le taux de natalité des pays de l’OCDE ne cesse de diminuer. Il devrait se situer à 2,1 afin d’assurer le renouvellement des générations. Pourtant, celui-ci avait chuté, en 2016, à seulement 1,7 en moyenne. Le vieillissement démographique couplé à l’augmentation de l’espérance de vie entraînent alors une augmentation du nombre “personnes âgées”. Celles qui ont 65 ans et plus. D’ici à 2050, l’OCDE prévoit ni plus ni moins qu’un doublement de population âgée de 80 ans et plus. Au sein de l’Union européenne, celle-ci devrait alors représenter quasiment 12% de la population contre seulement 6% en 2020. Pour être encore plus précis, l’INSEE anticipe, toujours à horizon 2050, un total de 18 millions de 65 ans et plus rien qu’en France !

vieillissement population

Partant de ce constat et de celui que tout investisseur se doit d’essayer d’anticiper l’avenir, il serait tout à fait pertinent de se pencher quelque peu sur le secteur de la dépendance. Bien-sûr, les personnes âgées, au même titre que tout autre être humain qui soit, ne peuvent et ne doivent surtout pas être réduites à la simple considération de “marchandise” !

Pourquoi (et comment) investir dans ce secteur ?

Outre l’évolution démographique, il est important de considérer l’évolution de la société en elle-même. Bien plus individualiste au fil du temps, celle-ci à très largement évolué depuis plus d’un siècle. À une époque les personnes âgées vivaient au sein même de leur famille (enfants, petits enfants). Les habitudes ont, depuis, bien changé.

Que ce soit par manque de temps, par manque de moyens ou par facilité, les personnes âgées se retrouvent de plus en plus souvent placées en “maisons de retraite” dès lors qu’elles ne sont plus en mesure de demeurer à leur propre domicile.

Quelques chiffres…

Source : “L’enquête EHPAD 2015” de la DREES.

  • 10600 Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées (environ 50% public, 27% privé associatif et 23% privé à but lucratif)
  • 728000 résidents (dont 80% en EHPAD et environ 5% en Unités de Soins Longue Durée)
  • Près de la moitié de ces résidents sont en état de dépendance “Totale” ou “Sévère”

Principales critiques liées à ce secteur

Source : Expérience personnelle du Petit Actionnaire en tant qu’investisseur actif sur les réseaux sociaux.

  • Les EHPAD sont des mouroirs pour les personnes âgées
  • Les actionnaires s’en mettent plein les poches sur le dos des personnes dépendantes
  • Les résidents sont victimes de maltraitances au seul bénéfice des actionnaires

Il est à noter que la “croyance populaire” (ou tout du moins celle que j’ai moi-même rencontré) dirige la totalité de ses critiques contre les “actionnaires”. Ceux-ci seraient donc responsables de tous les maux. Ce qui, évidement, est totalement déconnecté de la réalité. D’une part car le public et le privé associatif ne sont pas en reste en ce qui concerne les critiques (alors même qu’ils n’ont pas d’actionnaires). D’autre part parce que la simple consultation des publications financières des groupes cotés prouve que ceux-ci sont loin de “gaver” (terme à la mode dans certains milieux anti-capitalistes) leurs actionnaires.

Il me semble tout de même important de préciser que je ne remets pas en cause les dérives / problèmes qu’il peut y avoir dans certains établissements, et ce indépendamment de leur structure juridique.

Les façons d’investir dans les EHPAD

Il est possible d’investir dans ces établissements via des investissements immobiliers. L’investisseur devient alors propriétaire d’une “chambre” ou d’un “appartement”, lequel est ensuite géré par le groupe gestionnaire de l’établissement.

  • Mes lectures et recherches personnelles m’amènent à penser que ce type d’investissement est très difficile à rentabiliser. Et ce pour différentes raisons. Tout d’abord, le prix de vente est souvent surévalué. Si le vendeur gagne sans aucun doute, il n’en est pas de même pour l’acquéreur. Aussi, tout investissement en EHPAD via de l’immobilier se doit d’être étudié sous toutes les coutures. Il s’agit, en effet, de s’assurer que celui-lui puisse possiblement être rentable.

La seconde façon d’investir dans des EHPAD n’est autre que la bourse. Il est d’autant plus facile de réaliser ce type d’investissement qu’au moins trois groupes gestionnaires sont cotés sur le marché parisien.

  • Il s’agit de Korian et Orpéa, qui comptent tous deux parmi les leaders européens du secteur, et de LNA Santé, dont la taille est plus réduite. Ces groupes satisfont évidemment aux obligations légales imposées aux sociétés cotées. Leurs résultats financiers sont publics.

Investisseur boursier et ayant une position longue durée sur Orpéa, je vais me concentrer sur l’évocation l’investissement dans le secteur de la dépendance via l’achat d’actions.

Les groupes cotés

Si je m’attarde principalement sur les EHPAD, il est important de préciser que ces trois groupes pré-cités proposent également d’autres offres d’accueil. Celles-ci allant par exemple des unités de soins psychiatriques aux unités de soins longue durée.

D’un point de vue plus financier, il faut comprendre que ces sociétés sont en développement. C’est à dire qu’elles recherchent continuellement de la croissance, tant par des rachats de concurrents que par de la croissance interne (constructions de nouveaux établissements). Aussi, contrairement à ce que beaucoup croient, elles ne versent que peu de dividendes. En 2019 (sur l’exercice 2018), le taux de distribution des bénéfices aux actionnaires était compris entre 19 et 33%. C’est à dire que la société la plus “généreuse” de ces trois là envers ses actionnaire a tout de même conservé les deux tiers de ses bénéfices afin de pouvoir se financer.

En outre, le taux de marge bénéficiaire de ces gestionnaires d’établissements reste plutôt faible. Toujours en prenant les données 2019, il ressort que ce taux varie entre 3 et 6%. Ce point, couplé au précédent, permet d’affirmer que les sociétés de ce secteur ne sont pas des “machines à engraisser leurs actionnaires”.

Compte tenu de l’évolution de l’évolution de la pyramide des âges, les gestionnaires d’EHPAD possèdent d’importants relais de croissance. Lesquels devraient inciter ces groupes à maintenir de faibles dividendes, au profit d’une augmentation de la valeur de leurs actions.

Faire de l’argent sur la fin de vie…

C’est un point qui interpeller certaines personnes. Est-il moral de gagner de l’argent sur la fin de vie d’êtres humains ? Dans la mesure où les EHPAD sont un service optionnel (non obligatoire) et qu’il y existe une certaine concurrence, tant entre groupes privés qu’avec le public et l’associatif, il n’y a rien de choquant à ce que des bénéfices soient réalisés. D’autant que faire du bénéfice est le but de toute structure privée à but lucratif.

La chose qui serait peut-être moins “morale” serait plutôt, selon moi, le fait que des familles décident de placer leurs parents, de déléguer leur fin de vie. Il ne s’agit pas d’un jugement part. Seulement d’une réflexion. Moi même, je ne sais pas si je pourrais accueillir mes parents chez moi le cas échéant.

La question de l’accueil des résidents..

Le point le plus épineux réside surtout dans l’accueil (l’attention) réservé aux personnes âgées. Il est souvent fait écjo de “disfonctionnements” plus ou moins graves. D’ailleurs, ceux-ci touchent aussi bien le privé que le public et l’associatif.

Le manque de personnel est souvent décrié. Pourtant, nombre d’établissements connaissent des difficultés à recruter. Les postes vacants sont difficilement pourvus. Il s’agit, selon moi, de difficultés liées à la dureté du travail proposé, à laquelle s’ajoute un manque de reconnaissance publique des diplômes des personnels intervenant directement auprès des résidents. Il s’agira d’ailleurs d’un problème à régler afin de pouvoir accompagner en toute sérénité l’accroissement de la demande future pour ces services.

Pour conclure

J’estime, à titre personnel, que le secteur de la dépendance offre de très belles perspectives pour l’investisseur long terme. Des défis sont (et seront) à relever pour ces entreprises, mais elles ont les cartes en main pour y faire face.

Il est évident qu’il revient à chacun de faire ses propres recherches approfondies quant aux sociétés évoquées dans cet article, mais aussi quant au secteur de la dépendance lui-même, avant d’envisager le moindre investissement.

Je rappelle qu’à la rédaction de cet article je possède une petite (moins de 2% de mon portefeuille) sur Orpéa. Je n’exclue pas de la renforcer et/ou d’en ouvrir sur d’autres entreprises du secteur.

2 commentaires pour “La dépendance : le nouvel El Dorado ?

  1. Très intéressant. Merci. Peut-être pertinent d’étendre l’analyse aux sociétés cotées opérant en Zone Euro (PEA) afin d’élargir l’analyse. Qu’en pensez-vous ?

    1. Bonjour,

      Investissant quasiment uniquement sur des sociétés françaises je me suis effectivement limité aux acteurs nationaux, dont les leaders font justement partie des leaders européens.

      Mais il est vrai que j’aurai également pu évoquer ce qu’il en était des concurrents continentaux. Je vais réfléchir à une mise à jour de l’article.

      Cordialement,

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