L’Intelligence Artificielle est-elle en situation de bulle ? Allons-nous droit vers un krach boursier ?
C’est LA question qui se pose dans les milieux financiers, ainsi que sur les réseaux sociaux orientés finance / investissement. Une question qui cristallise les débats et qui déchaîne, régulièrement, les passions.
Fort de plus de dix années d’investissement boursier, j’ai bien évidemment ma propre idée sur la question : à mon sens, nous sommes en situation de bulle dans le secteur de l’IA ! Cette publication est ainsi l’occasion de revenir sur les arguments avancés par les tenants du « Non, il n’y a pas de bulle ». À commencer par le fameux « cette fois c’est différent, la demande est là et les carnets de commandes débordent ».
Tout d’abord, et avant toute autre chose, il faut donc avoir pleinement conscience que « la bulle » et « le krach » sont des éléments à part entière du cycle financier. De ce fait, la seule véritable question à se poser n’est pas « Est-ce que nous finirons par avoir une bulle / un krach ?« , mais bien « Quand est-ce que cela se produira ?«
Bien sûr, ça ne suffit pas à pouvoir dire que nous sommes actuellement dans une période de gonflement de la bulle. Cela invite néanmoins à ne pas écarter l’hypothèse d’un krach.
Au risque de décevoir certains, il convient de dire clairement que chaque bulle a ses propres particularités. Il n’existe donc pas de signaux indiscutables et offrant une garantie totale de l’existence d’une bulle. Pour autant, certains signes ( = comportements) sur les marchés peuvent sonner comme des signaux d’alerte.
Parmi ceux-ci, les plus notables sont l’apparition de discours :
À ceci viennent également s’ajouter des comportements de plus en plus stéréotypés, repris par une masse sans cesse plus importante d’investisseurs qui délèguent leur capacité personnelle de réflexion à autrui (= les autres agissent ainsi, la masse a forcément raison).
Historiquement, prédire avec certitude l’existence d’une bulle boursière est impossible. Cela n’a pas changé aujourd’hui… Il existe toujours un certain degré d’incertitude, qui ne peut être évacué qu’une fois la mécanique d’explosion / dégonflement déjà bien amorcée.
Il n’en reste pas moins que les choses ont radicalement ( = structurellement) changé ces dernières années : les nouveaux modes de communication, qui n’existaient pas encore en 2000 et qui n’en étaient qu’à leurs balbutiements en 2008 ( = réseaux sociaux notamment) sont aujourd’hui largement démocratisés.
Leur prédominance permet un échange immédiat de la moindre information, quelle que soit sa nature. De la même façon, ils donnent la possibilité, à des « investisseurs-analystes » capables de recouper de nombreuses informations et de les agréger entre elles, de se positionner à contre-courant du marché, avec un argumentaire fort et solide.
Disons-le clairement : les arguments en faveur de l’absence de bulle IA existent et sont, en tant que tels, parfaitement recevables. Cependant, dès lors que l’attention s’élargit et commence à porter sur les éléments périphériques, alors il devient assez évident que des nuages commencent à sérieusement s’amonceler au-dessus de l’horizon « IA ».
✔️ | C’est un argument parfaitement factuel ! Les géants de la technologie voient effectivement leurs profits croître, alors qu’en parallèle la demande de composants mais aussi d’infrastructures atteint des records.
❌ | Le problème, c’est que ce discours omet de prendre en compte un élément majeur : les résultats passés sont déjà dans les cours. Par contre, ce qui pose aujourd’hui question au marché, c’est la capacité des différents acteurs à honorer, dans les mois et années à venir, l’ensemble des engagements qui ont été pris !
🔴 | Le niveau de solidité global d’un marché s’évalue au regard de deux éléments majeurs : d’une part, les liens existants entre les différents acteurs et, d’autre part, la solidité propre de l’acteur le plus à risques ! Dans un contexte où la grande majorité des acteurs mondiaux ont tissé des liens extrêmement profonds et où les acteurs les plus fragiles commencent à inquiéter le marché. La chute de l’un de ceux-ci aurait probablement des conséquences très importantes sur le secteur dans son ensemble.
Bien que non cotées (pour le moment), Anthropic et OpenAI ont des liens contractuels majeurs avec l’ensemble des acteurs mondiaux de l’IA. Une défaillance d’un de ces acteurs (par exemple Oracle ou CoreWeave) impacterait ces sociétés. De la même façon que la chute de l’un de ces « labos US » entraînerait une onde de choc dévastatrice pour le secteur dans son ensemble.
Tout ceci ne concerne que ces quatre sociétés. La liste, approfondie, pourrait être bien plus longue et encore plus diversifiée quant aux risques réellement en présence !
🎯 | Aujourd’hui, le problème n’est donc pas « la demande » mais bien la « qualité » de celle-ci ! Si le marché commence à douter de la capacité des acteurs à tenir leurs engagements ( = ce qui commence à se dessiner), alors il risque de violemment chuter.
✔️ | C’est vrai. L’IA se présente effectivement comme une véritable Révolution, et il semble de plus en plus inconcevable ( = ne serait-ce que par les investissements faramineux qui ont été engagés) qu’il soit envisageable de revenir en arrière.
❌ | Cela dit, c’est un argument d’une faiblesse absolue : en leur temps les chemins de fer ou Internet étaient également des « Révolutions technologiques » qui ont fini par complètement changer le monde. Ce qui n’a pas empêché (bien au contraire) l’apparition puis l’explosion de bulles boursières d’anthologie.
🔴 | Le (gros) problème de cet argument, c’est qu’il répond à une question que personne ne pose vraiment. Nul ne conteste que l’IA révolutionne le monde. En réalité, la vraie question est de savoir si les prix payés aujourd’hui pour en capter la valeur sont tenables. Un élément sur lequel le caractère révolutionnaire de la technologie ne dit absolument rien.
🎯 | Aujourd’hui, nier le côté révolutionnaire de l’IA (alors même que son potentiel est encore immense) n’aurait aucun sens. De la même façon qu’opposer le potentiel de l’IA et la possibilité qu’existe une bulle est un faux dilemme.
✔️ | NVIDIA à un PER attendu de 13,8x pour l’exercice à venir. TSMC à 16,4x. Alphabet à 22,8x : les opportunités actuellement offertes par le marché peuvent effectivement sembler totalement délirantes. [chiffres zonebourse.com]
❌ | D’abord, le PER est un indicateur bien plus imparfait qu’il n’y paraît : il donne le sentiment de tout dire, alors qu’il ne renseigne réellement que sur une seule chose : ce que le marché accepte de payer aujourd’hui pour des bénéfices futurs / attendus / estimés. Sans jamais donner la moindre information quant à la fiabilité de ceux-ci. Pourtant, c’est précisément ce point ( = la qualité réelle) qui compte le plus.
La preuve par les faits, en croisant le PER fourni par plusieurs fournisseurs de données pourtant réputés : NVIDIA est affichée à 13,8x, 23x, 25x, voire encore plus. Aussi, un indicateur qui varie si largement selon la méthode de calcul employée ( = horizon de calcul du ratio), ne peut pas servir à prouver l’absence de bulle.
Ensuite, le PER reflète la vision du marché. Une vision qui intègre aussi bien les éléments positifs que négatifs, notamment ceux évoqués précédemment. Mais bien d’autres aussi…
🔴 | Ces éléments négatifs non encore traités et influant sur la valorisation actuellement appliquée par le marché sur la Tech / IA se répartissent en différentes catégories :
🎯 | Les risques auxquels sont exposés les hyperscalers sont très nombreux, et une partie du marché commence à en prendre conscience. Si les PER paraissent faibles (outre le problème lié aux différentes méthodes de calcul), ce n’est pas parce que ces valeurs seraient « bon marché ».
C’est parce que les bénéfices futurs qui servent à les calculer sont rendus de plus en plus incertains, au regard des nombreux risques. Ils sont à la merci de tout grain de sable qui pourrait venir gripper les rouages. Un PER « bas » n’est donc pas nécessairement un signal d’achat. Cela peut aussi être une forme d’avertissement quant à l’incertitude qui règne.
Le krach boursier est généralement la résultante d’une bulle. Pour autant, bien que de nombreux éléments puissent clairement laisser penser que nous sommes actuellement en pleine bulle de l’IA, aucun ne permet de prédire le timing d’éclatement de cette bulle. Il serait ainsi extrêmement spéculatif de prendre position quant au stade précis où nous nous trouvons, et encore plus sur le moment où elle éclatera ! Une bulle peut ainsi se développer durant des années, avant qu’un événement plus ou moins important ne vienne déclencher un effet domino potentiellement critique pour le marché.
Il n’en reste pas moins que pour tout investisseur en phase de capitalisation, un krach boursier demeure le meilleur moment (de très loin) pour investir dans des sociétés de grande qualité à des prix potentiellement massacrés. Bien sûr, investir dans des conditions de marché délétères nécessite une force de caractère certaine. Et accepter qu’un krach surviendra un jour ou l’autre est la première étape pour le supporter du mieux possible lorsqu’il pointera enfin le bout de son nez.
La position adoptée au sein du marché reste très personnelle. Pour ma part ( = ce qui suit n’est pas un conseil en investissement), j’ai décidé de rester totalement investi. Bien que cela puisse sembler contradictoire avec ma conviction que nous serions en pleine bulle, je m’appuie sur les faits : le marché actuel ne tient que par la force de quelques acteurs IA / technologiques.
Cela signifie que de nombreuses sociétés de qualité ont déjà plus ou moins fortement corrigé. En particulier des valeurs aux accents « défensifs » et dont la décorrélation avec la thématique IA est grande. Les taux d’emprunt étant un facteur majeur de cette correction. Aussi, l’IA pesant sur ces derniers, un ralentissement de celle-ci serait potentiellement positif pour les taux. J’ai donc réorienté mes capitaux sur ce type de valeurs, misant ainsi sur une rotation sectorielle majeure lorsque la bulle IA éclatera. C’est une prise de risque de ma part, que j’assume pleinement : je ne souhaite pas sortir du marché !
Pour un profil plus « sage » et moins « aventurier », une sortie (totale ou partielle) du marché pourrait aussi être une solution. Tout en acceptant le risque de rater une partie d’une potentielle hausse à venir.
Les bulles ne sont jamais faciles à appréhender. Ceci d’autant moins qu’elles sont lointaines. Pourtant, j’ai mis en place une simulation qui permet de se tester assez simplement dans un environnement « bullesque ». Un jeu dans lequel le joueur doit tenter de sur-performer le marché en faisant évoluer son allocation de portefeuille entre les différents secteurs d’activité.
🕹️ | Cette simulation, c’est « Tout le monde savait »
Données arrêtées au 16 octobre 2026.
"Comment pourrais-je expliquer les intérêts composés à mon enfant ?" Beaucoup de parents se sont…