« Comment pourrais-je expliquer les intérêts composés à mon enfant ?«
Beaucoup de parents se sont déjà posé la question et ont tenté d’y répondre tant bien que mal. À supposer qu’eux-mêmes sachent réellement ce dont il s’agit… Rassurez-vous, je suis moi-même passé par là. Et pourtant, cela fait plus de dix ans que j’investis sur les marchés boursiers.
Dans cet article, je vous propose trois méthodes simples à mettre en place immédiatement avec votre enfant. Elles vous permettront de lui faire découvrir la puissance des intérêts composés, tout comme leur réelle importance.
Pourquoi en parler le plus tôt possible ?
On apprend généralement aux enfants à compter, à rendre la monnaie. Parfois même à épargner. Mais beaucoup plus rarement à faire réellement travailler leur argent. C’est alors une notion qui finit par être totalement mise de côté, et qui ne deviendra finalement d’actualité que bien des années trop tard !
👩 | À 16 ans, Léa commence à réaliser quelques petits boulots. Et même à travailler durant l’été. Chaque mois jusqu’à ses 26 ans, elle investi 50€. Soit un total de 6000€ épargnés, auxquels elle ne touchera plus jusqu’à ses 65 ans.
👦 | Théo, quant à lui, préfère attendre d’avoir une situation stable. Il ne commence à investir ces 50€ par mois qu’à l’âge de 25 ans. Il le fera durant toute sa vie active, soit pendant 40 ans. Ceci pour un total de de 24000€.
Instinctivement, il semble logique de penser qu’a l’âge de 65 ans, Théo disposera de plus de capital que Léa : Et vous avez raison ! Mais une nuance de taille
👩 | À 26 ans, avec taux de croissance ( = d’intérêt) annuel moyen (TCAM) de 7% ( = inférieur à la moyenne historique très long terme des marchés boursiers), Léa dispose de 8553€ de capital. À ses 65 ans, celui-ci s’élève alors à 119 692€.
👦 | Avec les mêmes conditions d’investissement ( = 7% par an), en 40 ans d’efforts et 24000€ investis ( = contre 10 ans et seulement 6000€ investis pour Léa), Théo obtient au final un capital de 123 577€ !
Léa a donc fourni moins d’efforts d’investissement ( = 4x moins longtemps et 4x moins d’argent) que Théo, pour finalement n’avoir que 3% de capital final de moins que lui. Tout ceci uniquement parce qu’elle a investi 9 ans plus tôt, et ainsi profité des intérêts composés pendant ces années supplémentaires !
Voilà qui démontre clairement l’importance qu’il y a à maîtriser tôt cette notion d’intérêts composés. Ce n’est, bien sûr, pas la seule notion essentielle. L’inflation, par exemple, qui vient grignoter petit à petit le pouvoir d’achat effectif de la monnaie en est une autre. Elle sera d’ailleurs abordée dans un prochain article.
Maintenant que vous avez bien compris la puissance et l’importance des intérêts composés, revenons au point central de cet article : les expliquer à votre enfant et les mettre en pratique ensemble.
Trois méthodes selon l’âge
Selon qu’il a 8 ans, 12 ans ou 15 ans, un enfant n’a pas le même rapport tant au temps qu’à l’argent. Ce qui implique donc d’utiliser des approches adaptées afin d’aborder le sujet des intérêts composés.
8 à 10 ans : le tirelire et les intérêts
A cet âge, votre enfant n’est pas encore familier avec les pourcentages. De plus, il est nécessaire que celui-ci puisse constater assez rapidement l’effet des « intérêts composés » sur son propre argent. L’idée n’est donc pas d’être rigoureux (dans la méthode), mais de rendre le mécanisme visible.
1️⃣ | Pour débuter l’exercice, vous comptez, accompagné de votre enfant, le montant total d’argent contenu dans sa tirelire. Vous lui indiquez alors que pour chaque dizaine d’€ détenues, il percevra, chaque semaine, 1€ « d’intérêt ».
2️⃣ | Une semaine plus tard, vous recalculez le montant se trouvant dans la tirelire. Si votre enfant a 18€, il perçoit 1€ d’intérêt. S’il possède 22€, il touche 2€. Avec 35€, il reçoit 3€… Et ainsi de suite.
3️⃣ | Vous répétez l’exercice chaque semaine, autant de temps que vous le souhaitez (plusieurs semaines minimum, afin que votre enfant comprenne bien l’idée de fond). Bien sûr, les intérêts perçus chaque semaine sont comptabilisés dans le calcul des intérêts des semaines suivantes.
À noter que si, entre temps, votre enfant reçoit de l’argent (anniversaire, Noël, etc.) et décide de le placer dans sa tirelire, celui-ci viendra augmenter ses intérêts perçus. S’il en dépense, cela viendra les diminuer.
Le grain de riz sur l’échiquier
En début d’adolescence, votre enfant peut plus facilement comprendre les métaphores. Ce qui vous permet ainsi de ne plus dépenser d’argent par vous-même afin de lui expliquer la puissance des intérêts composés. Aussi, un sachet de grains de riz accompagné d’un échiquier suffit pour votre démonstration !
1️⃣ | Un grain de riz représente 1€ fictif. Le premier jour, vous placez ce grain de riz sur la première case de l’échiquier.
2️⃣ | Vous répétez, chaque jour, l’opération. A la différence près qu’à chaque fois, vous doublez le nombre de grains de riz que vous posez sur la case du jour.
3️⃣ | Très rapidement ( = après quelques jours seulement), le nombre de grains de riz déposés sur chaque nouvelle case va devenir ingérable.
A partir de là, il ne tient plus qu’à vous, parents, de faire le lien effectif entre ces outils que sont les grains de riz et l’échiquier et les comptes épargne (et encore plus les comptes d’investissement) qui permettent réellement de profiter des intérêts composés. N’oubliez pas de préciser que les grains de riz ne sont qu’un exemple, et que les intérêts composés ne sont, en réalité, que d’un taux de quelques pourcents par an… Ils ne doublent pas le capital chaque jour !
14 ans et + : la courbe qui s’envole
Bien engagé dans l’adolescence, votre enfant peut désormais manipuler de vrais chiffres. Il n’est plus nécessaire d’utiliser des métaphores, ni d’exagérer les intérêts composés perçus. Aussi, reprenons les exemples de Léa et Théo !
1️⃣ | Commencez par présenter à votre ado le graphique ci-dessous. Il représente l’évolution des investissements / intérêts composés de Léa et Théo.
2️⃣ | Laissez-lui un peu de temps pour analyser celui-ci, puis posez-lui LA question bien ciblée :
- « A ton avis, qui de Léa ou Théo a investi le plus d’argent ?«
▶️ – S’il vous répond « Léa », alors dites-lui qu’il se trompe, et expliquez-lui les choses. S’il vous répond « Théo », félicitez-le, et reprenez cette même explication, en guise de conclusion.
3️⃣ | Terminez en expliquant deux choses importantes :
- La raison pour laquelle Théo fini quand même par rattraper Léa : « Théo fini malgré tout par repasser devant Léa, vers 60 ans. C’est parfaitement logique, dans le sens où il continue de verser 600 € chaque année, là où Léa ne compte plus que sur ses intérêts composés. Sauf qu’il lui aura fallu trente-cinq ans et 18 000 € de plus pour y arriver.«
- Les intérêts composés se retrouvent aussi bien dans les livrets bancaires que dans les assurance vie. Mais aussi, par exemple, dans l’investissement boursier. Chacun de ces supports disposant de ses propres avantages et inconvénients. Notamment que plus le rendement ( = intérêts composés) espéré est important, plus les risques de pertes en capital augmentent.
Quand les intérêts composés jouent contre vous
Jusqu’à présent, nous avons vu les intérêts composés comme un outil patrimonial particulièrement puissant et intéressant à maîtriser. Mais il ne s’agissait là que de la face visible de l’iceberg. Car il faut absolument le savoir : les intérêts composés joueront, un jour ou l’autre, contre votre enfant. Et probablement bien plus tôt qu’il ne l’imagine ! Il est important qu’ils en aient conscience.
🚫 | Les éléments ci-dessous intéresseront surtout les plus âgés des enfants. S’ils peuvent encore être évoqués à 10 ou 12 ans, ils n’ont aucun véritable intérêt plus jeune.
- Le découvert bancaire : il s’agit, in fine, d’un prêt bancaire que la banque vous accorde contractuellement, à un taux généralement très élevé. Lorsqu’il est utilisé, la banque calcule quotidiennement les intérêts ( = les agios) que vous devrez lui verser. Des intérêts qui viennent s’ajouter au découvert lui-même.
- Le paiement en plusieurs fois : réaliser certains achats ( = surtout en vente à domicile ou dans des foires) en payant en plusieurs échéances peut sembler intéressant. Pourtant, ce ne sont rien d’autre que des crédits (déguisés) qui vous exposent aux intérêts composés, lesquels viennent renchérir le coût de votre acquisition.
- Les crédits (renouvelables, à la consommation, immobiliers, etc.) : tous emportent des intérêts composés.
Ainsi, bien que le crédit soit un outil patrimonial de premier plan pour qui sait le manier avec doigté, il faut comprendre que rembourser un crédit revient au final à réaliser un investissement garanti au taux de ce crédit. Pour l’exemple, rembourser un crédit à 7% revient à la même chose que de réaliser un investissement à 7% sans risque. A noter que dans certains cas, un remboursement anticipé peut entraîner des frais, encadrés par la loi, de remboursement anticipé.
Raison pour laquelle il est généralement conseillé de ne pas rembourser par anticipation un crédit à taux très bas. D’une part parce qu’il ne coûte (quasiment) rien, et d’autre part parce qu’un tel remboursement ne rapporterait (quasiment) rien.
De la théorie à la pratique
Comme dans de nombreux domaines de la vie courante, gagner en expérience pratique apporte bien plus que de simples éléments théoriques. Il s’agit de la raison d’être de MoGames, ma marque de jeux d’éducation financière. Good Morning Teens ( = à partir de 14 ans) aborde indirectement le sujet des intérêts composés, via le « compte épargne » dont dispose chaque joueur
