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En matière d’investissement boursier, il existe deux types d’entreprises :
Ces dernières, telles que Rollins, Coloplast ou Advanced Drainage Systems, qui, on peut clairement le dire, ne vendent pas de rêve, se retrouvent souvent cataloguées par un certain nombre d’investisseurs. Ils les jugent comme étant peu intéressantes, voire ennuyeuses. Ce qui s’en trouve être fortement réducteur lorsqu’il est question d’investissement, la qualité d’une entreprise ne se jugeant pas à ses activités.
L’un des principaux éléments de différenciation entre ces deux types de sociétés est le narratif qu’elles génèrent. Et celui-ci touche directement à la psychologie de l’investisseur. Quelque chose qui brille sera bien plus parlant et attirant que quelque chose qui pue ou qui suinte.
Tout investisseur à la recherche de nouvelles idées d’investissement va, dans une grande partie des cas, chercher à se faire recommander des entreprises. Et ce d’autant plus s’il fréquente les réseaux sociaux. Le fond de sa démarche ne sera pas nécessairement de vouloir faire comme tous les autres. Néanmoins, si des noms reviennent régulièrement, il aura évidemment tendance à focaliser ses recherches sur ces titres.
Et, de façon générale, les noms qui reviennent le plus naturellement sont ceux qui se trouvent être à la mode et que tout le monde veut donc détenir en ce moment. Autrement dit, des titres qui racontent une histoire qui plaît, et qui vendent du rêve et un beau narratif.
Sans même s’en rendre compte, l’investisseur recherchant ses prochaines cibles va donc être orienté vers ce qui fait, à la fois, la une ET le consensus. Et autant le dire tout de suite, certaines activités peu sexy sont loin d’attirer les regards et de bénéficier d’une telle exposition publique. Sans qu’il s’agisse, pour autant, de mauvaises sociétés.
Rollins (extermination des nuisibles), Coloplast (consommables médicaux), Service Corporation International (services funéraires) ou encore Advanced Drainage Systems (eaux usées et pluviales) sont des entreprises qui méritent l’attention. Elles sont leaders dans leurs secteurs respectifs, apportent de la diversification (décorrélation des activités avec celles du luxe ou de la Tech) et voient, globalement, leurs activités croître au fil du temps.
Il n’en reste pas moins que leurs activités sont repoussantes. Elles inspirent et réveillent des craintes personnelles (invasion de rongeurs, maladie, mort, inondations) dans l’esprit de nombreuses personnes. Elles en viennent à apparaître comme des entreprises « négatives ». Le cerveau a alors tendance à s’en détourner. Une réaction normale et parfaitement compréhensible, mais qui peut être dommageable en matière d’investissement.
Bien sûr, comme dans n’importe quelle autre société, tout n’est pas parfait chez elles. Pour autant, l’investisseur particulier aura tendance à surinterpréter les éléments négatifs, là où il surestimera les éléments positifs pour les entreprises qui lui vendent du rêve.
Malgré toutes ces différences, il existe aussi des similarités majeures entre sociétés « qui font rêver » et sociétés « moches ». Et elles aussi participent grandement à leur attrait.
Ce n’est pas parce qu’une entreprise n’est pas sexy de par ses activités que ces dernières n’offrent pas une certaine stabilité. Ainsi :
On peut même considérer que sur le plan de la récurrence des revenus, une entreprise « moche » peut bénéficier de certains avantages importants. Notamment le fait d’exercer dans un secteur peu attirant. Ce qui vaut aussi bien pour un investisseur que pour de potentiels concurrents qui chercheraient à se lancer.
Ce n’est, cependant, pas une règle absolue. Par exemple, le secteur d’activité de Rollins est extrêmement fragmenté, se composant d’une multitude de petits acteurs locaux faisant office de concurrent. La taille du groupe lui permet néanmoins de profiter de certains avantages d’échelle (économies, marque nationale, etc.).
Qu’elle soit sexy ou non, une société peut profiter de barrières à l’entrée plus ou moins importantes, réduisant la capacité d’un concurrent à venir piétiner ses plates-bandes. Dans la technologie, il peut s’agir de brevets en grand nombre, des coûts massifs pour implanter une activité, ou, encore, de la notoriété, qui permet plus facilement d’obtenir la confiance d’un client potentiel.
Pour Service Corporation International, il s’agit de la réglementation : un cimetière ne va pas venir se « construire » à côté d’un autre déjà existant. Pour Advanced Drainage Systems, ces barrières se présentent plus sous la forme d’un savoir-faire (fabrication de systèmes de gestion des eaux usées et pluviales).
Les barrières à l’entrée peuvent ne pas couvrir l’ensemble du périmètre d’un groupe. Elles peuvent aussi ne protéger que partiellement face à un acteur aux finances profondes. Mais, bien souvent, le simple fait d’opérer sur des « niches » assure une certaine tranquillité. Dans l’ensemble, même si elles ne sont pas totalement infranchissables, ces barrières agissent tout de même comme un frein et viennent ainsi protéger certaines activités d’une concurrence qui pourrait affaiblir une société.
Plusieurs sociétés peu sexy ont été citées dans cet article. Il est donc intéressant de se pencher sur leurs situations respectives actuelles, dans un marché où les acteurs technologiques et IA dominent largement, malgré quelques soubresauts ces dernières semaines.
— Ce qui suit ne relève pas du Conseil en Investissement —
Les quatre sociétés citées ne sont que des exemples (que je possède toutes en portefeuille). Des sociétés « moches » ET de qualité, il en existe de nombreuses sur le marché. Elles connaissent elles aussi leur lot de déconvenues. Cependant, elles peuvent parfaitement diversifier le risque d’un portefeuille, en exposant leur détenteur à des secteurs moins attirants mais qui peuvent performer alors que « les modes » s’essoufflent et voient leurs cours chuter.
Bien sûr, en période d’euphorie des marchés, le risque est potentiellement inversé. A savoir que certaines de ces sociétés affichent de faibles (ou mauvaises) performances. Une correction avec baisse de la valorisation peut offrir un point d’entrée plus intéressant, afin de pouvoir ensuite profiter au mieux de leur potentiel, lorsque la mode se retournera. Le tout en gardant bien en tête qu’il est impossible d’avoir un timing d’achat (ou même de vente) qui soit parfait !
D’où l’intérêt de savoir dissocier ses émotions (la façon d’aborder et de considérer une entreprise) et la réalité des choses (les atouts et faiblesses de chaque société), ainsi que l’apport de chacune dans un portefeuille d’actions. Car un portefeuille solide et cohérent se construit en possédant des sociétés qui se complètent, plutôt qu’en empilant des noms qui sonnent bien.
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