le Petit Actionnaire
30 novembre 2019 pourquoi la retraite par capitalisation fait-elle peur ?

Pourquoi la retraite par capitalisation fait-elle peur ?

La France est l’un des pays du monde dans lesquels les prélèvements sociaux sont les plus importants. Dans le même esprit, elle fait également partie de ceux qui redistribuent le plus d’aides sociales au monde. Les français sont donc parfaitement habitués à ce que l’État les assiste tout au long de leur vie. La sacro-sainte retraite ne fait évidemment pas exception. Le système actuel, par répartition, est autant plébiscité qu’est rejeté un éventuel système par capitalisation. Mais pourquoi ?

Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours.Proverbe chinois

La retraite par capitalisation

En France, le terme “capitalisation” fait presque partie des gros mots. C’est triste, mais c’est ainsi. Aussi, la retraite par capitalisation est fortement rejetée par une grande partie de la population.

Il est inconcevable de devoir “indexer” sa retraite sur les marchés financiers. Les français, dont l’Éducation financière est, pour beaucoup, un obscur concept, ne peuvent s’y résoudre. Pourtant, d’un point de vue historique (sur une échelle de temps de plusieurs dizaines d’années), les marchés boursiers sont haussiers, et ce malgré la survenue régulière de krachs boursiers. Instaurer ne serait-ce qu’une part de capitalisation dans le système de retraites ne serait donc, à priori, pas une mauvaise chose pour les futurs pensionnés.

Les français, rois de la contradiction…

Pourtant, si les français sont globalement opposés à la retraite par capitalisation, ils ont aussi souvent tendance à considérer les actionnaires comme étant des privilégiés. Chose que je constate jour après jour sur les réseaux sociaux, où je suis régulièrement (pour ne pas dire chaque jour) confronté à ces contradictions sans queue ni tête.

D’un côté, les actionnaires sont des salauds de profiteurs parce qu’ils touchent des dividendes. Par contre, dès lors qu’il est rappellé à mes “contradicteurs” que n’importe qui peut investir en bourse, y compris avec de petits revenus, alors là il n’y a plus personne… C’est bien trop dangereux.

Les français, rois du “je n’y connais rien, mais je donne quand même mon avis”…

Oui, les français sont des cumulards hors paire ! En plus d’être des as de l’auto-contradiction, ils excellent dans le domaine des brèves de comptoir. Autrement dit, sans rien connaître / comprendre à un domaine, il s’estiment pourtant (de toute bonne foie) en être des experts. Là encore, j’en rencontre très régulièrement sur Twitter et dans la vie de tous les jours. Certes, je généralise. Bien heureusement ce n’est pas le cas de tous les français.

Forcément, cela a un impact non négligeable sur la vision qu’ils ont de la retraite par capitalisation. Les gros actionnaires seraient des voleurs, et les salariés ne seraient rien d’autre que leurs pauvres victimes. C’est totalement mettre de coté le fait que chacun a besoin de l’autre. Une entreprise ne pourrait pas fonctionner sans capital… ni sans main d’oeuvre.

Plutôt que de considérer les marchés financiers comme “le mal”, il serait nécessaire que les français approfondissent le sujet afin de se rendre compte que leur vision est totalement biaisée. Entendons-nous bien ! Les marchés financiers sont loin d’être parfaits, et de nombreux reproches peuvent (et doivent) être fait. Pour autant, comprendre leur fonctionnement est un enjeu capital. Ce sera la première étape à franchir avant de pouvoir espérer voir apparaître la retraite par capitalisation.

Les craintes autour de la retraite par capitalisation

Les craintes qui entourent la retraite par capitalisation sont énromes. Et c’est normal puisque la capitalisation nécessite à chacun de faire des choix individuels, là où la répartition est automatique et sans prise de décision personnelle.

Comme évoqué ci-dessus, ces craintes sont bien souvent le simple fait d’une méconnaissance totale des marchés financiers. Essayons donc d’en éclaircir quelques unes, de façon à retirer son statut d’épouvantail à cette forme de financement des retraites.

Un krach, et les retraités sont ruinés…

Le krach boursier fait peur. En particulier pour les non initiés. Les médias en font un tel battage médiatique lorsqu’il se produit, qu’il ne peut insuffler, au quidam, que de la peur et une forte dose d’appréhension.

Pourtant, le krach est une grosse opportunité d’acheter des sociétés solides à un prix très faible. C’est le meilleur moment (mais aussi le plus difficile, reconnaissons-le) pour investir sur les marchés financiers. Où comment faire (possiblement) décoller le montant de sa retraite à échéance de quelques années.

Dans le cas où l’investissement se doit de financer une rente mensuelle telle que la retraite, il convient cependant de se couvrir. Le plus simple étant de conserver des liquidités. Par exemple, l’équivalent de deux à trois années de pensions. Cela permettra normalement de faire face le temps que les marchés se redressent.

Le matelas de secours

Vous allez me rétorquer que mettre de côté 43k€ en guise de “protection anti-krach” est particulièrement difficile, pour ne pas dire impossible, pour la grande majorité des français. Pourtant, ce serait extrêmement simple à faire. Regardez votre bulletin de salaire. Plus précisément le montant des cotisations de retraite (salariales et patronales).

Pour un salarié du privé au SMIC, le montant des cotisations retraites salariales et patronales (hors retraite complémentaire), s’élève à 269€ /mois :

  • part salariale : 111€ /mois
  • part patronale : 158€ /mois

Aussi, une épargne de 90€ /mois sur ces 269€ préalablement prélevés sur les salaires, permettra à un travailleur au SMIC de se créer son matelas de secours à échéance d’une quarantaine d’années.

La part de capitalisation

Une fois les 90€ de “matelas de sécurité” déduits, il reste à investir un montant mensuel de 179€. Cela peut sembler peu. Pourtant, investis chaque mois sur un banal tracker CAC 40, pendant quarante ans, à un taux de croissance annuel brut (plutôt conservateur) de 5,5%… cela représente une somme très importante.

Ainsi, sur les quatre décennies considérées, vous aurez “mis de côté” pas moins de 86k€. Bien sûr, c’est insuffisant pour financer sa retraite. Mais il ne s’agit là que de ce que vous aurez réellement investi. En y ajoutant les 5,5% de croissance annuelle de votre capital, vous disposerez alors, après quarante ans, de la somme de… 325k€ ! La magie des intérêts composés !

À 5,5% de rendement annuel, vous disposerez alors de 17,9k€ brut chaque année. Ramené en net cela représente environ 1190€ /mois. Soit l’équivalent d’un SMIC actuel. Il n’y aurait alors pas de diminution sensible des revenus entre la période salariée et la retraite.

Le cas des salariés à temps incomplet

Le scénario précédent est plutôt à l’avantage des salariés, y compris ceux au SMIC… à la condition de travailler à temps plein. En effet, un salarié à temps incomplet ne sera pas en mesure d’investir de façon à obtenir un SMIC une fois en retraite.

Il y a alors deux façons devoir les choses. On pourra se dire que si un salaire “partiel” était suffisant en période d’activité, il n’y a pas de raison que ce ne soit plus le cas une fois en retraite. Sinon, il faudrait envisager la possibilité d’un socle minimal garanti (jusqu’à un demi-SMIC par exemple) devant compléter la part de retraite par capitalisation.

Une solution alternative à la capitalisation à 100%

Instaurer un système de retraite par capitalisation serait un bouleversement pour la grande majorité des français. Un système hybride : pension de base garantie + capitalisation, selon les moyens financiers de chacun pourrait également être envisagé. Je détaille cette possibilité dans cet article.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il sera nécessaire, à l’avenir, de réformer en profondeur le système de retraite. Avec toujours plus de retraités et de moins en moins d’actifs, il ne sera pas tenable de faire financer les retraités actuels par les actifs actuels. À moins bien sûr de rallonger sans cesse la durée légale de cotisation ainsi que d’augmenter les taux de cotisations. Mais ça, les français n’y sont pas prêts non plus.

Il faudra donc, à plus ou moins courte échéance, faire le choix d’une réforme structurelle d’envergure. Seulement, les citoyens ne pourront y prendre part qu’à la condition de ne pas être en permanence dans le refus de tout changement. Il est un fait que pour peser de tout son poids dans des négociations (et donc pour obtenir quelque chose), il est absolument nécessaire d’adopter une posture constructive plutôt que contestataire à outrance.

2 réactions au sujet de « Pourquoi la retraite par capitalisation fait-elle peur ? »

  1. Bonjour Petit Actionnaire,

    J’admire votre patience sur les réseaux sociaux, essayer de raisonner de manière factuelle certains énergumènes…

    Malheureusement les français n’ont pas le niveau en économie pour investir eux-mêmes. On est donc condamné à ce système de retraite par répartition. Cependant avec un effort d’épargne, il est possible de préparer sa retraite soit même.

    De plus, les krach boursiers ne sont pas une fatalité, comme vous l’indiquez. D’ailleurs, j’ai écris un long article à ce propos qui sort un peu des sentiers battus. Voici le lien si ça vous intéresse https://www.blogbourse.net/prochain-krach-boursier.html

    Alexandre

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